La justice au pas de course
Quatre salles, des dizaines de dossiers, un PV pour seule preuve.
· N° 5

Dans le hall du tribunal de Paris, lundi, la file s’étire devant la salle 6.01. Des parents, des copains, des avocats en robe, et beaucoup de jeunes. Depuis le 17 octobre, 2 513 personnes sont passées en garde à vue, selon les autorités. Le tribunal a ouvert quatre salles de comparution immédiate en même temps, contre une ou deux d’habitude.
Victor B. a 21 ans, étudiant en audiovisuel, casier vierge. Les policiers l’accusent d’avoir monté une barricade et jeté des projectiles en criant « Acab ». Lui dit avoir déplacé une planche posée sur un feu de poubelle, avec un fumigène « pour un court-métrage ». Pas de caméra, pas de témoin : le seul procès-verbal des policiers. Le parquet demande cinq mois ferme avec mandat de dépôt. Le tribunal prononce six mois avec sursis.
« C’est ça, les armes ? Un masque et un fumigène ? »L’avocat de Victor B., 21 ans, au tribunal de Paris, cité par France 24
Une planche, un fumigène, cinq mois requis
Moustafa D., 18 ans, arrêté avec sept paires de lunettes de soleil ramassées par terre, « je ne savais pas que c’était du vol » : ferme requis, dix mois avec sursis. Une avocate, citée par franceinfo : « On a besoin de sang après les exactions de ce week-end. »

Gérald Darmanin se félicite de 149 « casseurs et pilleurs » incarcérés et de plus de 800 personnes déférées. Quatre procédures ont déjà été annulées pour irrégularités. Quand la justice juge le lendemain sur la seule parole de la police, qui vérifie encore ?